La rentrée. Jour de l'année où l'on se prend à croire que quelque chose de neuf est possible. Mais non. Nous ne faisons que rentrer. Dans de ternes coquilles. Dans nos cages meublées de devoirs et de jouets. Nous sommes de retour d'une virée nocturne...
L'œuf ignore que le réel ne s'arrête pas à sa coquille. Je lui rends donc service en le cassant. Accroissant sa connaissance en faisant voler en éclats son petit monde. Peut-il en aller autrement ? Sa substance paresseuse se répand alors hors de lui-même....
L'écrivain au travail se trouve vite à l'étroit dans sa langue. Son vocabulaire, aussi vaste soit-il, institue les portes vitrées de sa demeure. Vitres auxquelles il se cogne telle une mouche désorientée, magnétisée par la lumière aveuglante au dehors....
Être optimiste. Drôle de maladie. En vérité, le dépressif détient le monopole du réel. Comment le nier ? S'il est plus aisé d'être morose que joyeux c'est bien qu'une résistance s'oppose à la deuxième attitude, quand la première trouve au contraire dans...
Tous ces objets requis pour humaniser l'existence. Avez-vous déjà compté les vôtres ? Question rhétorique : personne ne sait combien d'objets gîtent sous son empire. Alors. Comment ne pas maudire cette indifférence du nanti ? Ce mépris du monarque quant...
Professer, c'est s'adresser à un collectif flasque et récalcitrant. Dont la résistance consiste dans une noire mollesse d'algue marine. Professer, c'est ne s'adresser à personne. C'est parler seul et espérer que la parole ne soit pas perdue pour tout...
Nous vivons en apnée dans les affects des autres. Nageant tant bien que mal parmi les peurs et désirs qu'ils balancent sur nous. Quand ils ne savent plus les garder pour eux. Vapeurs toxiques étrangement cloîtrées dans leurs gorges nouées. Toute conversation...
Le vieillissement permet de s'acclimater peu à peu au visage de la mort. Il permet de devenir repoussant – encombrant même – aux yeux de ceux qui un jour nous aimèrent. Si bien qu'ils ne nous regrettent pas. La vie est un lent processus de dépossession...
Être devant son écran. Signe contemporain de l'appartenance à l'espèce humaine. Qui nous coupe de la présence des autres. Nous évoluons ainsi parmi les absents, qui grimpent sur nos épaules pour chuchoter à nos oreilles des remarques inactuelles. Qui...
Nous peuplons nos intérieurs d'objets qui s'ennuient tout le jour en notre absence. Animaux de compagnie à la présence discrète, dont les pleurs ne s'entendent pas. Pendant de longues heures, un silence pesant enrobe ainsi nos téléviseurs, nos lampes...
Tout écrivain est un despote refoulé. L'acte d'écrire sublime sa tyrannie. Au travail, son inspiration claque dans l'air comme le fouet d'un esclavagiste et les lettres s'assemblent sur la page sous sa dictée. Atome de sens : l'image poétique s'y agrège...
Le paysage borde notre horizon d'arbres qui n'ont rien à y faire. Écrin barbu inutilement imposé à notre finitude, pour dissimuler le rien disposé dans l'air tout autour. Au-delà de la pente qui prive notre conscience de ce qui la saturerait. Comme pour...
Ce qui m'est insupportable dans les conversations, c'est que les gens ne veulent pas qu'on les écoute. Ils vous parlent, font vibrer comme des cloches l'air autour de leur bouche et vous êtes sommés – quand vous n'êtes pas sonnés ou assommés –, de valider...
Les enfants font des cauchemars, se réveillent en sueur la nuit, nous appellent à l'aide de leurs petites voix suppliantes. Les pauvres. Il faudra leur expliquer un jour. Que l'horreur qu'ils redoutent ne réside pas dans les fantasmes que leur suggère...
L'humain est un animal refusé. Animal auquel il est refusé d'être animal, c'est-à-dire d'exister de manière bestiale. On veut qu'il paraisse autre chose. Lui-même finit par le vouloir. Si bien qu'il transforme son être à force de mensonges et de travestissements,...
Quelque chose m'effraie ces temps-ci. Je veux parler de la nullité des analyses politiques au JT de France 2. Quand la bêtise s'étale ainsi, sans complexe, presque fière d'elle, ça ne me fait pas du bien. Vraiment. Je souffre tout particulièrement face...
Pourquoi passons-nous tant de temps à nous regarder ? Aurions-nous quelque difficulté à nous voir ? Le matin dans la salle de bain à traquer dans le miroir les points noirs, les rides, les grosseurs indésirées. En journée dans le reflet imposé par les...
Certaines personnes sont frappées de troubles étonnants. Bien qu'ayant mené jusqu'ici une existence normale, elles se lèvent un matin et s'aperçoivent qu'elles ne savent plus lire ou reconnaître les visages. Dans d'autres cas, ce sont les objets du quotidien...
La chaleur humaine ne réchauffe plus grand chose. Ni le cœur de personne. Il faut le dire. Dans les fours de la chaleur humaine, la crémation des limites fait depuis bien longtemps des fumées sans joie. Quand nous cuisons le monde, faisant migrer nos...
Nous développons notre vie durant une sociabilité de surface, sorte de fraternité joyeuse de train fantôme. Visiblement soudés dans une frayeur risible pour l'image de foire de la mort, transis d'effroi au creux de nos wagonnets capitonnés, nous sommes...
Sur mon paquet de sucre ce matin on voit Jean-Marie. Agriculteur à Sommelans, Jean-Marie pose dans un champ de betteraves ensoleillé. On ne voit bien que la partie supérieure de son corps mais on le devine assis sur quelque chose de robuste. Une machine...
Où que nous allions nous emportons avec nous nos angoisses. Par peur de les perdre, et de nous perdre avec elles. Installées dans leur antre nomade, au fond rétif à tout mouvement. Intérieur feutré, hanté de mauvaises vapeurs s'entêtant à nous persécuter...
Tout le malheur des hommes vient de ce qu'ils ne savent vivre sans se faire une certaine idée d'eux-mêmes. Nous marchons à l'ombre du constat de ce que nous sommes, couplé à l'idée de ce que nous souhaiterions être. Et nous nous persécutons avec cette...
Se demande depuis quand est revenue angoisse matinale. Difficulté à dater choses couplée à pensée mort. Se lève matin dans temps qui a révélé nature concave, temps où tout s'agglutine et se réfracte. Abolition frontières qu'imposaient mémoire et souvenirs...
Nous vivons temporairement (?) une existence cernée par le virtuel. Nous sommes tous des malades en puissance. Dans le « réel » construit par l'État gestionnaire médical, il y a le mort, le malade, le malade asymptomatique, le citoyen potentiellement...