Nous vivons en apnée dans les affects des autres. Nageant tant bien que mal parmi les peurs et désirs qu'ils balancent sur nous. Quand ils ne savent plus les garder pour eux. Vapeurs toxiques étrangement cloîtrées dans leurs gorges nouées. Toute conversation est soit une mascarade où règne l'auto-censure, soit un marais nauséabond où chacun vient déverser ses ordures. Les mots. Détritus flottant parmi les méduses. Sacs plastiques collant au visage quand nous souhaiterions reprendre notre souffle. Dans l'espace étouffant de la conversation. Les mots. Débris venant d'océans troubles que nous n'avons pas connus. De mers peuplées de chimères affublées de masques des abysses, aux yeux ternes de n'avoir jamais vu la lumière. Voilà toute « communication ».
Parce que nous ne sommes plus ce somnambule qu'on craignait d'éveiller. Mais bien celui qui reçoit désormais les coups infligés au hasard par une subjectivité qui ne peut qu'être aveugle. Engluée en elle-même, incapable de voir qu'elle cherche à se persuader lorsqu'elle croit s'adresser à vous. Autrui avance à tâtons dans l'autorisation que notre bienveillance lui délivre, de pouvoir une fois encore se raconter. Autorisé à stagner dans l'inquiétante permanence de l'inconscient. En vérité, autrui n'est pas une personne humaine. Autrui n'est que le nom donné à une forme sournoise de délire ayant lieu dans votre conscience. Porte de derrière par laquelle l'inconscient cherche à s'introduire malgré vous dans votre éveil. Pour vous enfoncer ses déchets dans les oreilles, pour vous les mettre dans la bouche. Pour ruiner votre sentiment du réel. Faire de vous sa machine ventriloque. Un être parlant.