Des embryons de pensées avortent sans cesse en moi. C'est une véritable hécatombe. Plus rien ne naît d'intelligible. Il me faut procéder à des extractions. La maïeutique ne fonctionne plus. Alors : césarienne à vif dans le ventre de mes idées. Mais toutes...
Comme notre capacité d'empathie est limitée ! Et comme notre compassion s'avère fragile, en définitive, s'évaporant sans bruit dès qu'elle heurte le moindre obstacle... Ainsi mon profond soulagement ce matin, m'apercevant que la frêle cliente de la table...
Vitalité. Nous avons, dans l'obscurité sinueuse qui croit en nous, une altérité qu'il ne faut pas décevoir. Et cette altérité c'est la vie. Pour s'en convaincre, il faut avoir aperçu que nous ne sommes pas la source de notre vitalité. Pour s'en convaincre,...
Pensée vivante. Pour penser, il faut admettre l'idée de sa propre mort. Accepter la mort des idées à travers lesquelles circulent nos affects. À commencer par l'idée de soi-même. Nous ne sommes pas l'idée de nous-mêmes. Expérimenter la pensée vivante...
Hier, alors que je sirotais un allongé au Café de la place en lisant le dernier Houellebecq, la musique de la Boum retentit. Les nappes de synthé, langoureux préliminaires du désastre, agissaient telles deux mains moites solidement posées sur ma gorge....
J’ai entendu sonner les cloches du beffroi de l’hôtel de ville à huit heures ce matin. Les ancestraux instruments dorment à même altitude que nous, à peu près. On les devine derrière les persiennes inamovibles de la sorte de bizarre cloche architecturale...
Je fais mon pain. Nous disposons à la maison, pour donner corps à cette universelle tradition, d’une sorte de moule. Celui-ci se compose d’un plat en terre cuite d’une trentaine de centimètres de diamètre pourvu d’un couvercle amovible ayant forme de...
Quelque chose du temps nous a été volé. L'éternité ? Le savoir de l'infini qui nous cerne empêche tout sens d'éclore. Le sens ne peut apparaître dans ce qui n'a pas de centre et se déploie en toute direction de manière infinie. Or, s'il n'y a pas de sens,...
Il nous manquait du lait en poudre ce matin. Nous aimons faire la nourriture « maison » ma femme et moi, surtout pour les aliments de base : le pain, les biscuits, les yaourts, etc. Sans doute sommes-nous, à ce titre, des « cons de bobos » comme le clame...
Il possédait une tasse sur laquelle on pouvait voir un renard. Le pelage roux de l’animal tranchait sur le fond bleu nuit duquel se détachait une pluie de flocons d’un blanc éblouissant, et dont la structure en fractale était trop lisible pour que la...
Samedi soir, nous sommes allés chez Leclerc juste avant la fermeture ma femme et moi. Le parking, dont l’épiderme granuleux semblait souffrir, trucidé par l’éclairage surpuissant des lampadaires à Led, était le lieu d’un tourbillonnant chassé-croisé....
Hier nous sommes allés chez Boulanger ma femme et moi. En arrivant sur le parking du centre commercial de Chamnord, nous avons immédiatement été surpris par le comportement des gens. Sur les parkings, devant les magasins, à l’intérieur de ceux-ci : ils...
Une heure du matin. Je marche dans les rues noires de la ville. Seul, personne ne fait échos à mes pensées. La fatigue aidant, ça ne ricocherait sans doute pas bien loin de toute façon. La guitare sanglée dans le dos, que la brise nocturne agite avec...
Il s’est passé quelque chose d’horrible. Tout à l’heure en sortant du lycée, j’ai traversé trop vite sans regarder. Je sais bien qu’il ne faut pas faire ça, je le dis tout le temps aux enfants. Ce qui s’est produit alors me servira peut-être de leçon,...
Rêve, fiction et réalité. La plénitude ontologique du rêve et de la fiction, autrement dit l'impossibilité de tout redoublement imitatif, de toute représentation en leur sein, – tout y étant présent et rien absent (l'absence n'est pas le néant, elle suppose...
Un jour les ficelles de la vie n'auront plus de secret pour nous serons déjà morts dans le remplacement non-consenti des uns par les autres qu'on appelle pudiquement la vie où l'angoisse étrangle toute joie dans l'air indifférent qui est un accord diminué...
La technique nous offre la possibilité de rencontrer autrui débarrassé de son être, dépouillé en somme de tout ce qu'il y avait de pénible dans les relations humaines. Tout s'organise désormais à partir des signes dispersés sur la toile, traces à déchiffrer...
Le moral est une substance flasque et dégoûtante, qui s'affaisse inexorablement dès qu'on n'y prête pas garde. Il faut donc, dit-on, le remonter régulièrement pour qu'il tienne droit. Un devoir que nous imposerait l'ordre du monde en quelque sorte. Cette...
Qu'on se le dise. L'avenir n'appartient à personne. Ni à ceux qui se lèvent tôt, ni aux autres. L'avenir n'a rien à voir avec l'heure à laquelle on se lève. Autant dire : restons couchés. « No futur » braillaient autrefois les Punks, et susurre aujourd'hui...
J'aime ma femme, mais quand elle se tourne vers moi dans le lit on voit l'intérieur de ses trous de nez. On dirait deux petits anus inquiets, tout poilus, ouverts malgré eux sur un mystère respirant plein d'angoisses et de hurlements étouffés. Alors oui,...
Maman. Sentiment indicible posé là quelque part au cœur des choses. Tremblement triste et doux de ne plus savoir où se retourner. Dans le grand réservoir amer qu'est le monde pour nous. Et le peuple des êtres qui ne nous attendent pas. Anémone morose...
Dépression. Absence d'élan vital vers quoi que ce soit. Aspiration au recroquevillement de feuille morte permettant la neutralisation du réel. Ou plutôt : neutralisation immédiate de tout élan psychique par lui-même, qui semble se prendre les pieds dans...
De nos jours, rien n'est plus détestable que le silence et la solitude. Toute condition favorable à la confrontation avec soi-même semble ainsi condamnée. Ironie, l'individu contemporain croit souvent avoir un problème avec autrui. Autrui, appendice nécessaire...
Le fast food est le bordel des végétariens. Quand je m'approche de l'un d'eux, j'entends comme un chien sauvage qui grogne dans mon ventre. En dépit de mes principes, l'enseigne jaune aux formes généreuses a toujours fait naître en moi l'image de sandwichs...
L'époque a fait de nous des êtres couchés. Pour beaucoup, il est devenu psychiquement impossible de se soulever. Pour cause, on n'a pas inventé d'application pour ça. L'avenir se construisait naguère sur des barricades. Il se construit désormais dans...