Dépression. Absence d'élan vital vers quoi que ce soit. Aspiration au recroquevillement de feuille morte permettant la neutralisation du réel. Ou plutôt : neutralisation immédiate de tout élan psychique par lui-même, qui semble se prendre les pieds dans le tapis par la conscience excessive qu'il a de sa propre démarche (tel un comédien de Boulevard qui scrute idiotement la réaction du public pour mesurer ses effets). Sentiment profond d'inutilité, d'absurdité. Manque de désir fluide par la présence d'une épaisse viscosité cérébrale. Quand on est triste, il faudrait pouvoir se moucher le cerveau. Lutter contre cette obstruction idiote de la capacité à laisser couler. À laisser vivre. L'homme est sans doute le seul animal à pouvoir résister ainsi contre la vie, et à souffrir de cette résistance-même. Seul animal à éprouver, en quelque sorte, la haine du réel. Parce qu'il ne coïncide pas avec ses plans, ses idées préconçues. Le dépressif est ainsi celui qui n'accepte pas que le réel précède l'idée et ne lui obéisse pas. Et qui, s'il lui obéissait, s'insurgerait immédiatement comme ce manque de résistance.