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33 - 28-11-2016

 

    De nos jours, rien n'est plus détestable que le silence et la solitude. Toute condition favorable à la confrontation avec soi-même semble ainsi condamnée. Ironie, l'individu contemporain croit souvent avoir un problème avec autrui. Autrui, appendice nécessaire mais encombrant de mon bonheur, source des contrariétés, obstacle à l'inespérée réalisation de soi.

     Il n'est jamais plaisant de se percevoir soi-même comme dans la clarté d'une vitrine. On a vu sur ce point d'illustres penseurs honnir toute connaissance de soi. La rumeur des temps présents est donc en un sens philosophe. Que dit-elle ? Qu'il faut en tout lieu de l'activité, de l'info, des anecdotes, de la musique, des images... Ce pourquoi nous ne cessons de réclamer, sans en avoir toujours conscience, la manifestation des autres. Autrui défaillant, nous nous empressons de meubler le vide ouvert par notre liberté avec des machines.

   Les machines. Capital mort dans l'économie des rapports sociaux contemporains. Toute machine est l'incarnation objective d'une multitude d'autres. Quelle qu'elle soit, un humain l'a conçue, un autre l'a fabriquée, un autre l'a vendue, un autre a programmé le logiciel pour la faire tourner et un autre encore a posté des vidéos de chat sur le réseau. C'est ainsi toute une petite société qui introduit ses samples dans nos mornes intérieurs, comme une présence amicale dans l'attente d'une mort qu'on devine douloureuse.

    Il nous est désormais permis d'accomplir seuls et en toutes circonstances nos séances prescrites de lien social. Hélas ! Au fond, qu'aimons-nous dans ces fadaises ? Nierons-nous que cette bouffonnerie tragique nous rassure ? Tout se passe comme si la manifestation humaine, dans sa détresse ignorante d'elle-même, produisait un écho pour nous rassurant. Insérant dans nos divagations une source d'intelligibilité apparemment étrangère à nos propres préoccupations, nous distrayant ainsi de l'absurdité de notre propre vie.

 

 

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