Qu'on se le dise. L'avenir n'appartient à personne. Ni à ceux qui se lèvent tôt, ni aux autres. L'avenir n'a rien à voir avec l'heure à laquelle on se lève. Autant dire : restons couchés. « No futur » braillaient autrefois les Punks, et susurre aujourd'hui Psychologie magazine. À les entendre, on serait comme portés à croire qu'il n'y aurait au fond, en fait, pour de vrai, sans rire quoi, que du présent. Mais pas pour autant un cadeau, un don, vous voyez ce que je veux dire... Non. Pas un présent, mais du présent. Tout plat, comme un présentateur, tout déjà-là, ready-made en somme. Du présent, donc, dont il faudrait en même temps juste réussir à prendre « pleine conscience ». La pleine conscience. Accueillir ce qui se présente à la perception sans jugement. Comme quand on inspire une délicate bouffée de gaz lacrymogène et qu'en même temps on retient l'envie de pleurer (toute émotion est un jugement erroné), ou quand on reçoit un coup de matraque simplement maladroit au sphincter et que, en même temps, on n'en veut pas au policier qui ne fait que son travail. Comme quand on se love (pas si inconfortablement que ça quand même y en a qui exagèrent) dans un abribus des Tarterêts un peu suicidogène, mais qu'on prend en même temps le temps de regarder la beauté des nuages dans le ciel (pour prendre finalement un probable coup de pied au cul qui ne se serait pas perdu celui-là pour une fois). Bref, présent dont il faudrait quand même savoir jouir, merde. Le présent. Pas un cadeau on vous a dit. Commencez pas à faire les difficiles. Un truc qui se présente, là. Voilà. Mais en même temps qui ne nous appartient pas non plus. La complexité quoi. Jouissons donc de ce qui n'est pas nôtre, ne le sera jamais, ne peut l'être et pue un peu la merde de toute façon. Lâchons prise quoi. Nom d'un chien. Quelle vanité ! Rien n'est à nous bordel, tout nous fuit. Y a qu'à regarder : jeunesse, travail, argent, graine de pissenlit dans l'air printanier, chardonneret élégant qui n'existe même pas à Evry-Courcourronnes-ville-fleurie. Tout est précaire. C'est un fait. À notre approche, il faut le dire, tout fout le camp. Vite ef'. Présent y compris. Présent qui présente tout ce qui peut se présenter à nous. Il paraît que « présent » est synonyme de « totalité ». Alors. Seulement, au lieu de se masturber le bulbe avec des incantations philosophiques masochistes (pléonasme ?), au lieu de se réjouir publiquement de cette tragédie un peu trop visiblement pseudo-anti-capitaliste, au lieu de chercher à fonder sur ce fumier métaphysique une quelconque éthique vaguement stoïcienne, il s'agirait de comprendre enfin le sens de ce perspicace mouvement de répulsion qui anime le monde à notre approche. Même quand t'es beau gosse. Comme dans une intuition presque géniale de la malédiction vivante que nous sommes. Même déguisé en moineau l'homme continue de sentir le prépuce de crépuscule. C'est vrai. Toute beauté, tout sens s'effritent en miettes d'Oréo sous nos doigts d'Hanouna, sous l'écrasement des écrans, de nos prothèses mal décalottées, de notre bruyante fluidité hyper-moderne. Rien n'est ici pour nous. Adéquat à notre nature. D'aucun le voit bien, mais n'en comprend pas le sens s'il appelle à l'accueillir. Il convient davantage de rendre sa pareille à ce réel qui ne veut pas de nous. Rejetons-le nous aussi. Parvenons à rejeter tout en bloc et en même temps à être là. Écrivons.