La chaleur humaine ne réchauffe plus grand chose. Ni le cœur de personne. Il faut le dire. Dans les fours de la chaleur humaine, la crémation des limites fait depuis bien longtemps des fumées sans joie. Quand nous cuisons le monde, faisant migrer nos jouets d'Asie en Europe, engraissant et tuant tout vivant déclaré « bête » pour se l'assimiler, placardant partout nos désirs de corps reproducteurs et de « rébellion » requérant une soumission au capital. Une chaleur moite et rance s'évapore au dessus de nos cerveaux, odeur de transpiration qui ne dérange plus personne. Comme on s'acclimate à celle de la pisse dans le métro. Station Châtelet. Presque rassurés : odeur de merde signalant l'homme.
Rougeur de l'air au dessus des fournaises citadines. Vibration de la matière en tous sens dans les champs et abattoirs. Translation moléculaire de poussières arborant comme des visages effrayés. Notre agitation se propage tel un fumet nauséabond parmi les nuages. Et le climat s'échauffe en réponse à ces rotations quotidiennes de particules qu'il ne comprend pas. C'est ainsi que nous faisons rougir le ciel, réaction à la pénétration impudique d'un dieu sans projet.
Au fond, il faudrait que l'homme soit capable de cesser toute activité destructrice. Qu'il retrouve la quiétude bouddhiste du rien. Qu'il ne soit rien lui-même. Malheureusement exister pour l'homme contemporain, c'est jouer des coudes pour prendre la place d'un autre. C'est marcher sur la tête du réel environnant pour la piétiner et monter plus haut. Toute l'organisation sociale l'encourage : système scolaire, élection, marché de l'emploi... Ne reste plus qu'à espérer que subsiste quelque part, au fond d'une improbable nature humaine contrariée par les circonstances, le germe d'une authentique empathie, d'un désir de vivre avec autrui. En vérité, j'ai presque un semblant d'espoir. Pour le quatrième millénaire.