
La rentrée. Jour de l'année où l'on se prend à croire que quelque chose de neuf est possible. Mais non. Nous ne faisons que rentrer. Dans de ternes coquilles. Dans nos cages meublées de devoirs et de jouets. Nous sommes de retour d'une virée nocturne on ne sait où, retombant d'un saut animal inopportun. Comme revenant d'un milieu qui ne serait pas fait pour nous. Retenus par des ressorts de diable en boîte. Qui sourit sans joie. Alors qu'il faudrait profiter de l'élan primitif pour enfin aller hors de soi. Faire un bond solaire, vraiment heureux. Mais nous rentrons. Presque soulagés. En vérité, la saison de la rentrée indique assez bien ce qu'il convient d'en attendre. L'automne incarne la senescence, symbolisée par l'assoupissement multicolore de la nature. L'automne est l'édulcorant requis pour supporter la répétition des cycles hivernaux de la vie. Une lente et belle réparation à la mort. Un analgésique, en somme. Alors, nous rentrons. Nous nous enfermons docilement dans les entreprises, dans les institutions : dispositifs de capture de nos désirs. Ces vecteurs premiers de notre nature qu'il faut mettre en ligne avec le destin de la société. Nos désirs. Les dispositifs les fossilisent dans l'ambre d'un ennui rempli d'activités. Et nous rentrons dans le rang. Enfants autrefois pleins de rêve et d'angoisse pour un avenir que nous ignorions sans espoir. L'imaginaire régnant alors sur nous de tout son pouvoir. Il fallut trancher dans ces regards qui n'avaient pas encore intégré les modalités de l'échec et de l'exclusion. Pour les rendre compétitifs eux aussi, ou humilier publiquement leur candeur. Enseigner c'est trop souvent découper dans des rêves d'enfants le patron d'une soumission voulue au travail. C'est-à-dire faire accepter à un vivant épris de liberté un certain champ des impossibles. C'est le raisonner, c'est le faire se résigner. C'est calibrer l'être pour lui faire désirer tout ce qu'il ne pourra obtenir qu'au prix d'un assujettissement au travail salarié, c'est-à-dire aux désirs d'un Autre. Au crépuscule d'une prétendue vacance récréative. Qui n'a jamais été censée pouvoir ouvrir sur la libération authentique de cette douce sauvagerie qui fait toute notre créativité, toute notre singularité. N'est-ce pas dommage.