L'œuf ignore que le réel ne s'arrête pas à sa coquille. Je lui rends donc service en le cassant. Accroissant sa connaissance en faisant voler en éclats son petit monde. Peut-il en aller autrement ?
Sa substance paresseuse se répand alors hors de lui-même. On voit qu'elle y était en quelque sorte préparée. Le blanc est en effet rassemblé par une solidarité presque étrange des molécules entre elles, qui lui permet de s'adapter à son nouveau milieu sans se désunir immédiatement. Il en va tout autant du jaune, qui présente par ailleurs l'apparence d'une sphère d'un orange profond et luisant. L'œuf a le sens de l'esthétique, même s'il l'ignore.
La fin de l'œuf est dans l'éclosion. La beauté du spectacle s'ouvrant à nous en le cassant suffit à l'attester. Son destin est, et a toujours été d'être brisé. Ainsi, briser le destin d'un œuf consiste à le laisser intact.
Il faut donc se rassurer. On ne peut briser le destin d'un œuf en le brisant lui-même. En vérité, on ne peut briser le destin d'un œuf. Tout simplement. L'éclosion finit toujours par arriver. Belle parade inventée par ce dernier qui le rend invulnérable, ayant opté pour le destin le plus fragile.