L'écrivain au travail se trouve vite à l'étroit dans sa langue. Son vocabulaire, aussi vaste soit-il, institue les portes vitrées de sa demeure. Vitres auxquelles il se cogne telle une mouche désorientée, magnétisée par la lumière aveuglante au dehors. Le dictionnaire trace ainsi une sorte de lisière infranchissable dans sa tête, au delà de laquelle gîte l'indicible qui constitue la matière affective de toute création. L'écrivain est un maître spirite qui fait parler l'au-delà. Il s'empare du réel comme d'une vaste machine ventriloque, remuant les lèvres des choses avec ses doigts pour leur faire enfin avouer. Mais quoi ?