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59 - 10-10-2017

 

       Professer, c'est s'adresser à un collectif flasque et récalcitrant. Dont la résistance consiste dans une noire mollesse d'algue marine. Professer, c'est ne s'adresser à personne. C'est parler seul et espérer que la parole ne soit pas perdue pour tout le monde. Sans possibilité réelle de vérifier. C'est prêcher au fond des océans entre un flétan et deux poulpes. Qu'on ferait peut-être mieux de passer au grill.

      La parole finit toujours par se perdre de toute façon. Qu'elle s'insinue dans des corps incontinents au sens, qui la laisseront fuir sous nos yeux entre les doigts gras de leur esprit. Ou qu'elle tombe sur un sol à peu près fertile, qui la fera croître quelques temps avant de l'oublier dans un coin sans eau ni lumière. À quoi bon ?

      Mais quelle est la destination de la parole, si ce n'est de se perdre ? Ainsi, la parole ne peut se perdre. Puisqu'en se perdant elle atteint sa destination.

        Nous ne parlons pas pour laisser une empreinte durable dans le monde. Nous parlons par souci de légèreté, par sympathie pour le vide. Par crainte de laisser ici trop de preuves accablantes contre nous-mêmes. Nous parlons pour prendre moins de place, pour rester libres. Pour faire fondre le ventre des névroses. Aussi est-ce un soulagement sans aucun masochisme de constater que les élèves n'écoutent pas, ne disent rien quand on les interroge. Ils participent en fait à ma psychanalyse.

 

 

 

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