Les enfants font des cauchemars, se réveillent en sueur la nuit, nous appellent à l'aide de leurs petites voix suppliantes. Les pauvres. Il faudra leur expliquer un jour. Que l'horreur qu'ils redoutent ne réside pas dans les fantasmes que leur suggère l'imagination – fantasmes dont ils espèrent qu'une présence raisonnable saura les délivrer. Leur avouer que le réveil est loin d'interrompre cette cruauté et cette violence qu'ils craignent tant. Mais qu'il les restitue au contraire à la mort et au marché de l'emploi. Surtout, leur dire que ceux qu'ils implorent de les rassurer en leur caressant les cheveux, et dont la noire silhouette se dessine bientôt en contre-jour au seuil de leur chambre, constituent en fait la source de toutes leurs angoisses futures.