La montagne borne l'horizon. Généreuse, elle offre à l'imagination des territoires absents où se déployer. Tout massif bouchant le champ visuel suggère, dans le même mouvement, quelque chose qui s'étend de l'autre côté. Les montagnes ont leurs mystères faits de bergers, de refuges moites, de grottes obscures, de sous-bois parsemés de champignons et d'animaux errants. Ainsi, contrairement à ce que pensent les habitants des plaines, la montagne n'enferme pas. Ce qui enferme, c'est le plat pays qui n'offre au regard aucun objet situé à plus de quelques kilomètres. Du fait de la rotondité terrestre, l'horizon dégagé au niveau de la mer dérobe au regard tout ce qui sort d'un cercle de cinq kilomètres de rayon autour de soi. Le plat dérobe le monde à notre regard sans le suggérer. Au contraire, le sommet de la montagne située à trente kilomètres d'ici se voit très bien. Et je ne peux m'empêcher d'être magnétisé par les êtres peuplant le versant caché. Ainsi, le regard porte plus loin en montagne. Et ce sur quoi il ne peut porter est disposé dans des replis qui excitent l'imagination. Là où le plat désole, le relief exalte.