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29 - 12/11/2016

 

     L'automne a fait fuir les mouches, parties on ne sait où. Il n'en reste que quelques unes dans la maison. Un peu perdues. On les voit, qui se frottent les pattes. Posées sur le rebord de l'évier, elles préparent de mauvais coups. Elles frictionnent leur petits corps poilus, pour le faire reluire, le lustrer. Pour leur dernier repas, les mouches se font belles. Il suffit pourtant de leur retirer le « u » pour voir qu'elles sont moches.

    Certaines s'agitent obstinément, semblant vouloir se dévisser la tête pour en changer. Ce qui est absurde, les mouches comme les migrants ont toutes un peu la même tête. Enfin, les mouches s'occupent comme elles peuvent.

     Un massif de miettes et de croutes de fromage les accueille sur la table du séjour. Elles l'explorent méthodiquement, sans empressement. Les mouches font bombance. En fin de vie, elles ne connaissent pas la crise. La mort et sa tapette rode non loin. Certes. Le ruban pend au plafond avec ses cadavres exsangues. Les mouches vivent des hécatombes. Elles savent rester stoïques. Confiantes en leurs réflexes agiles, ou insensibles à une mort qui n'est rien pour elles. Les mouches ont lu Sénèque.

     Au froid des vitres, certaines cultivent une indolence fécale. Croyant être posées sur un rayon de soleil qui aurait perdu sa chaleur en traversant l'espace. Les mouches creusent des trous dans le temps. Il ne faut pas croire. Les mouches font de l'astrophysique.

     Puis, vient le jour de la dernière mouche. Après avoir longtemps cherché un passage vers la lumière, elle se laisse choir, ivre de soleil sur le rebord de la fenêtre. Elle finira à la poubelle, son paradis terrestre. Les mouches seront mangées par les mouches.

 

 

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