La solitude est un poison savoureux. Autrui n'en est pas l'antidote, mais la vaine distraction. Ce que je goûte seul n'a plus la même teneur affreusement délicieuse si l'on est deux. La présence de l'autre met un peu de sucre dans le poison génial de l'existence. Un peu d'édulcorant pour faire passer l'amertume. L'autre qui me regarde sans que je puisse le comprendre. Lui qui attend innocemment de moi un partage, impossible. Lui qui aimerait que je lui exprime mon ressenti singulier, mais dans un langage accessible. Lui, qui souhaiterait que nous fassions converger nos illusions, que nous frottions nos candeurs pour faire un peu de lumière pour égayer le néant de la vie. Qu'est-il d'autre qu'une histoire fabuleuse un peu niaise qu'on se raconterait le soir, pour bien dormir. Qu'est-il d'autre qu'une retouche sur photoshop ? Autrui ne connaît pas l'âpreté du réel et ne veut pas la connaître. Parfois, bien sûr, il se pare hardiment de masques grotesques et monstrueux, comme pour rappeler ce qu'il dissimule. Le poison savoureux de la solitude. Ce que nous savons tous et ne voulons pas voir. La vérité de la solitude. La vérité de la mort, de l'absurdité, de la souffrance, du déni, de l'empêchement, de la lassitude, de l'ennui, du désespoir, de l'incompréhension. Bref, tout ce qui fait l'essence irréductible et irremplaçable de notre misérable condition. Autrui n'est que le masque de carnaval de la mort, nous distrayant d'elle, même lorsqu'il pense la signifier. Sous lui, la vérité étouffe. Apprendre à la respirer, voilà toute philosophie. Autrui n'est qu'un empêchement à cette philosophie.