Au fond, l'automne ne vaut pas mieux que d'autres saisons ; de la grêle d'impressions dont il nous accable, il nous maintient cruellement au seuil. Ouvrant la fenêtre, j'entends certes au dehors la pluie tomber sur le matelas bigarré de feuilles étouffant la pelouse. Le plaisir est là. Certes, quelque chose dans ce ruissellement froid, cette lumière contrariée et ces couleurs chaudes appelle en moi la fulgurance d'une formulation digne de l'honorer. Cependant, je demeure silencieux. Et, dans le mutisme douloureux de mon impuissance littéraire, je rêve d'une saison plus immédiate dans ses pouvoirs. Une saison faisant directement jouer en moi non seulement ses couleurs, ses rythmes et ses figures, mais également tous les mots qui vont avec. L'insaisissable nous subordonne aux poètes, et je suis las de chercher dans leurs textes mes propres termes.
Écrire, c'est couler son regard dans le plâtre du langage.