J'ouvre les volets de ma chambre. La lumière y pénètre et écrase tout. Son aura souveraine presse les meubles de ravaler leur ombre. Autour de moi, il y a subitement comme un accroissement de tension dans l'air qui déblaie tout, renvoyant brusquement les choses à leur fruste intériorité. L'ombre est l'inconscient des choses, qui déborde tout autour d'elles la nuit pendant leurs songes et que chasse en partie la lumière qui les dresse pour nous chaque matin. Ne restent alors que de vagues reliefs, lapsus témoin d'une folie profonde que nous feignons d'ignorer. Avez-vous déjà remarqué comme ces symptômes sont flagrants dans les rues qui restent éclairées la nuit ? Les ombres des choses y sont outrancières, agressives, preuve d'une authentique détresse. Ainsi illuminé, le monde existe avant tout pour notre regard. En ces lieux, les objets, sommés de conserver un maintien qui les épuise, finissent tôt ou tard par craquer. Et je ne suis pas loin de penser qu'une attitude altruiste et cohérente ne peut remettre indéfiniment à plus tard la prise en compte de pareille souffrance. Il s'agit là d'un argument peu répandu, je crois, en faveur de l'extinction des éclairages sur la voie publique la nuit. Et je voulais le partager ici avec vous.
Le feu tremble, vacille... il a froid. Et tout le monde s'en fout. Personne ne le réchauffe. À brûler comme ça dans l'air gelé, il finira par crever.