La souffrance n'est pas au monde, elle nous appartient. Une déchetterie municipale, une ruine aux tuiles ramollies recouvertes de mousse par un dimanche pluvieux d'automne, le soleil entravé par les nuages. Rien n'est triste en soi, tout est dans l'esprit qui prend à tort son affliction pour l'effet d'une cause extérieure à lui-même. Là est la source de tout malheur. Il faudrait pouvoir se le dire calmement et y croire. Seulement, la subjectivité offensée de voir sa souveraineté démasquée, refuse d'assumer son œuvre propre et s'amuse dans l'amalgame entre réalité et représentation. Elle emploie la nature comme une machine ventriloque, comme pour lui faire avouer des affects qu'elle voudrait distincts d'elle-même. Mais pourquoi tout doit-il être aussi pesant ? Parfois, j'aurais envie de pouvoir me jeter hors de moi et voir enfin le monde débarrassé des contours de ma douleur.